Le Public et ses problèmes (1927) développe des notions fondamentales de l’œuvre de Dewey, qui ont influencé la philosophie politique dans son ensemble, notamment la pensée de Jürgen Habermas et son concept d’agir communicationnel. Les concepts de « public », de « communication » ou « d’enquête sociale » sont en effet d’une importance fondamentale pour qui veut appréhender la démocratie comme un fait social communautaire fondé sur l’échange, la réciprocité et sur l’expérience – et non plus comme un système politique reposant sur le suffrage universel.
Podcast La synthèse audio
L’ouvrage, bien qu’écrit au début du siècle dernier, soulève un ensemble de problèmes politiques et sociaux contemporains. Comment garantir la primauté de l’intérêt public sur les intérêts privés en démocratie ? Comment assurer la discussion, l’échange et le partage d’informations au sein d’une société ? Comment le peuple, constitué en public, a-t-il été dépouillé de tout pouvoir politique ? Plus largement, qu’est-ce qu’une démocratie ? Toutes ces questions et bien d’autres sont abordées dans l’ouvrage. Le lire est essentiel pour qui veut s’armer intellectuellement face aux questions démocratiques.
Ce qu’il faut retenir
La démocratie est infiniment plus que ce qu’on en entend habituellement. Elle est avant tout fondée sur un « public ». Le public survient lorsqu’un groupe d’individus décide de prendre en charge collectivement les conséquences potentielles et indirectes de leurs interactions. Cela peut se faire par le biais de fonctionnaires chargés de représenter l’intérêt du public. Le public et ses fonctionnaires (députés, administrations, juges) constituent alors « l’État ». Par conséquent, ce dernier n’est pas une entité politique dotée d’une essence immuable, mais dépend de son public et de la nature des « transactions » qu’il entend maîtriser.
Or, le public a été largement éclipsé du fait de l’individualisme politique et de l’individualisme économique, deux corollaires de « l’idée démocratique » qui ont favorisé l’asservissement des individus à des forces économiques aux conséquences incontrôlables. En effet, « l’État démocratique » est une forme étatique reposant sur la sélection des fonctionnaires gouvernementaux et sur la primauté du public par rapport à ces fonctionnaires. L’État démocratique dérive de l’individualisme politique et de l’individualisme économique, deux conceptions fondées sur une peur de la toute-puissance de l’État. Malgré leur volonté de libérer l’individu de la contrainte exercée par l’État, ces conceptions ont encouragé la libération de forces économiques hors de contrôle qui ont replongé l’individu dans des formes nouvelles d’asservissement. Cette situation encourage une « éclipse du public ». Alors que tout le monde prétend agir en son nom, celui-ci est bel et bien introuvable. Les interactions et les actions humaines étant devenues de plus en plus complexes à cause des nouvelles forces économiques, le public est incapable de se reconnaître. Il accepte alors passivement que des « machines partisanes » et des « experts » parlent en son nom.
Lisez la suite et soutenez un média indépendant sans publicité
S’abonnerAccès illimité au site à partir de 1€
Déjà abonné ? Connectez-vous
2 commentaires
Devenez abonné !
Vous souhaitez pouvoir commenter nos articles et échanger avec notre communauté de lecteurs ? Abonnez-vous pour accéder à cette fonctionnalité.
S'abonner