Au nom d’une « ambiguïté stratégique » élaborée voici quatre décennies, les États-Unis procurent à Taïwan l’armement nécessaire à sa sécurité. Toutefois, l’accord des « six assurances » signé en 1982, ne garantit en rien Taipeh d’un engagement direct des boys de l’oncle Sam. En cas de conflit, les États-Unis se réservent le droit d’intervenir ou non, d’où cette fameuse ambiguïté pérennisant un statu quo entre Taïwan et la Chine. De fait, la possibilité d’une guerre sino-américaine a longtemps relevé d’une figure rhétorique, une éventualité repoussée à un avenir lointain… Ce n’est plus le cas aujourd’hui : les tambours de guerre chinois et américains résonnent en bruit de fond et leur cadence va croissant.

publié le 18/09/2023 Par Jack Thompson

L’un des premiers coups de tambour notables est l’œuvre de l’amiral Philip Davidson. Le 9 mars 2021, sur le point de se retirer après 39 années de service, le commandant de la flotte américaine indopacifique présenta au Sénat un bilan qui stupéfia ses auditeurs. Selon l’amiral, la République populaire de Chine (RPC) se prépare à envahir Taïwan, « au cours des six prochaines années », soit au plus tard en 2027 : « Je pense que nos préoccupations sont manifestes [...] non seulement en ce qui concerne le développement — le nombre de navires, d’avions, de fusées, etc., qu’ils ont mis sur le terrain — mais aussi la manière dont ils font progresser ces capacités ». Et l’amiral de poursuivre sur le challenge que représente la Chine pour les États-Unis :

« Je crains qu’ils n’accélèrent leurs ambitions de supplanter les États-Unis et notre rôle de leader dans un ordre international fondé sur le droit [...]. Taïwan est clairement l’une de leurs ambitions [...] la menace sera manifeste au cours de cette décennie, voire au cours des six prochaines années. »

La fenêtre de Davidson

Selon l’amiral, l’armée populaire de Libération (APL) bénéficierait d’un avantage stratégique sur l’US Army. Non seulement la flotte chinoise est plus fournie en unités que l’US Navy depuis 2015, mais elle serait équipée de vaisseaux capables de rivaliser avec leurs homologues américains. De plus, l’US Navy vieillissante peinerait à se défendre contre les missiles hypersoniques, secteur clé où la Chine dispose d’une longueur d’avance. Dit autrement, les porte-avions américains, clés de voûte de la stratégie de l’US Navy, ne seraient plus invincibles. Une période optimale d’action serait donc ouverte pour l’APL. Elle s’étendrait tout le long de cette décennie avant de se refermer avec le renouvellement attendu des équipements américains après 2030. Aujourd’hui surnommée the Davidson window, « la fenêtre de Davidson », cette brèche tactique tourmente de plus en plus le haut commandement américain.

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