La rupture de l’approvisionnement en gaz et en pétrole en provenance du Moyen-Orient a conduit Taïwan à se tourner vers les États-Unis. La Chine, de son côté, a généreusement proposé aux Taïwanais de les décharger de ces préoccupations, sous certaines conditions. « La Chine continentale affirme que Taïwan peut apaiser ses inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique lié à l’Iran grâce à une réunification pacifique », titre le South China Morning Post. Taipeh a rejeté cette offre mirifique ; quel pays accepterait de renoncer à son indépendance – de fait et non de jure – en échange d’une quelconque sécurité énergétique ? « C’est une guerre cognitive », explique le vice-ministre de l’Économie, Ho Chin-tsang. L’expression décrit assez bien les pressions exercées par la Chine sur ce qu’elle considère comme une « province rebelle », dont la « réunification s’inscrit dans le sens de l’Histoire ». À la lumière des événements en Ukraine et en Iran, cette unification – alors même que la République populaire de Chine n’a jamais exercé le contrôle de Taïwan – est-elle aujourd’hui susceptible de se concrétiser ?

Par Jack Thompson

L’île de Taïwan apparaît dans les archives des dynasties Song et Yuan dès le XIIIe siècle. Les Hollandais s’y installent en 1624. Après avoir expulsé les Espagnols en 1642, ils en contrôlent la quasi-totalité avant d’être eux-mêmes chassés en 1662 par Koxinga, un pirate sino-japonais. Ce dernier est finalement défait en 1683 par les Qing, qui incorporent l’île à leur empire. En 1895, ceux-ci la cèdent au Japon impérial.

À la défaite de Tokyo en 1945, les Alliés chargent la République de Chine (ROC) de superviser la reddition des forces japonaises à Taïwan. Les nationalistes chinois prennent alors le contrôle administratif de l’île. Le général Tchang Kaï-chek s’y replie en 1949. En 1952, l’entrée en vigueur du traité de San Francisco voit le Japon renoncer à Taïwan sans désigner explicitement de bénéficiaire. En 1971, la résolution 2758 de l’ONU transfère le siège de la ROC à la République populaire de Chine (RPC), reconnue comme le « seul représentant légitime de la Chine ». Le statut de Taïwan pas plus que son nom n’y est toutefois mentionné. Les États-Unis établissent des relations diplomatiques avec la RPC en 1979. La loi martiale instaurée en 1949 par le Kuomintang est levée en 1987, tandis que les premières élections au suffrage universel direct se tiennent en 1996.

Partisane d’une affirmation plus marquée de l’identité taïwanaise, Tsai Ing-wen est élue présidente en 2016. Lai Ching-te lui succède en 2024. Les orientations du Parti démocrate progressiste (DPP), auquel ils appartiennent tous deux, déplaisent profondément à Pékin. Qualifiés de « fauteurs de troubles », ses dirigeants sont devenus les bêtes noires du pouvoir chinois. Les pressions se sont considérablement accentuées au cours des dernières années. « La Chine doit être réunifiée et le sera », martèle Xi Jinping en 2019. Cette réunification, ajoute-t-il, « ne saurait être repoussée indéfiniment de génération en génération ». Le durcissement du discours s’accompagne de mesures concrètes. Le 21 juin 2024, la Cour suprême chinoise publie notamment une directive autorisant la peine de mort à l’encontre des « séparatistes irréductibles ».

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