Alors que ses défenseurs espèrent un vote définitif de l’Assemblée nationale d’ici cet été, la proposition de loi sur le droit à l’aide à mourir continue de susciter de nombreuses mises en garde contre les dérives possibles du dispositif. Notamment pour les personnes en situation de handicap et celles souffrant de troubles psychiatriques – et dans un contexte de sous-financement généralisé. Les exemples étrangers, dont singulièrement celui du Canada, illustrent une tendance à l’élargissement de l’« aide médicale à mourir », notamment pour des publics fragilisés. Jusqu’où peut-on tenter de s’en prémunir en respectant le libre choix de ces personnes ?
« Quand mon épouse, qui avait subi trois ans et demi de paralysie presque complète à la suite d’un AVC survenu à 45 ans, m’a fait comprendre qu’elle voulait partir, j’ai pris des renseignements en Suisse », relate Lucien Tarchi, 75 ans, qui verse chaque année une obole à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. « Le médecin de l’hôpital m’a assuré que l’équipe pouvait faire le nécessaire pour qu’elle décède sans souffrance. Mais quand elle est morte trois semaine plus tard, elle était décharnée – je me suis dit qu’elle ressemblait à une rescapée des camps. Cela m’a révolté, j’ai gardé cette colère des années. »
Une grande majorité des Français se déclarent favorables à la légalisation de l’euthanasie (96 % en 2024) et au suicide assisté (89 %). Même très attendue par une part significative de la population et largement perçue comme porteuse d’un important progrès sociétal, l’entrée en vigueur d’une telle loi dans un contexte de dégradation extrême des soins et de sous-financement chronique soulève de nombreuses questions.
« La Cour des comptes, le Conseil d’État, le Comité consultatif d’éthique, la Convention citoyenne sur la fin de vie se sont tous prononcés pour un développement préalable des soins palliatifs. Cinq cents personnes meurent chaque jour en France sans avoir eu accès à ces soins dont elles auraient eu besoin et auxquels elles avaient droit en vertu de la loi de 1999 », dénonce Aline Cheynet de Beaupré, professeur (1) de droit à l’université d’Orléans, spécialiste de droit de la santé et des questions liées à la fin de vie. Elle a rejoint l’association, Les Éligibles et leurs aidants, qui rassemble des personnes atteintes de handicaps lourds et leurs proches aidants.
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