L’omelette à la Vache qui rit accompagnée de riz n’avait rien de folichon ; à peine les restes du repas repoussés, un jeune garçon se jette dessus et les récure en un clin d’œil. Scène quotidienne à Phnom Penh en 1994, mais tout cela est de l’histoire ancienne. Ce n’est plus tant la faim (8,6 % des Cambodgiens entre 5 et 19 ans étaient « maigres » en 2022 selon l’UNICEF), mais le surpoids (8,5 % des 5-19 ans) et même l’obésité (2,8 %) qui guettent les générations futures. C’est un tournant majeur : la faim, stricto sensu, a reculé en Asie. La transition alimentaire – d’une nourriture traditionnelle à une nourriture industrielle – ne s’est pas opérée sans travers , la sécurité sanitaire demeure problématique. Analyse de ces nouveaux visages de la « faim » à partir des cas vietnamiens et indonésiens.

publié le 11/02/2026 Par Jack Thompson

À Hanoi, le phở (un bouillon de bœuf avec des nouilles de riz) est excellent. Les nouilles fraîches sont aussi fondantes que l’émincé de bœuf, une pincée de citron vert et ce sera parfait. Rien à redire, le restaurant « Phở 10 Lý Quốc Sư » mérite amplement son classement au guide Michelin, mais cela n’a pas toujours été le cas. En 2000, une enquête des autorités sanitaires révèle les secrets de l’emblématique plat vietnamien. Afin de conserver la fraîcheur et la souplesse des nouilles, les fabricants y rajoutaient du formaldéhyde, autrement dit du formol, un produit cancérigène entraînant à minima des brûlures d’estomac…

La « crise du phở »

Révélé par le Nhân Dân (« Le Peuple »), le quotidien officiel du Parti communiste vietnamien (PCV), le 6 janvier 2000, la nouvelle jette l’effroi : 7 grossistes sur 10 fournissant les nouilles fraîches de la capitale vietnamienne ajoutent du formaldéhyde à leurs produits. En quelques jours, la consommation du plat national chute de 80 %. Si les nouilles au formol n’ont sans doute rien d’une pratique nouvelle, c’est la première fois que le gouvernement autorise une large couverture médiatique sur un scandale alimentaire. Le Vietnam n’a alors aucune norme ou réglementation en matière de sécurité alimentaire ou peu s’en faut.

Le pays revient de loin. La dernière « disette aggravée » – un euphémisme – remonte à 1988. « Environ 9,3 millions de personnes, réparties dans 21 provinces du Nord, souffraient de la faim, et 3,6 millions se trouvaient dans une situation critique. Cette année-là, le Vietnam a dû importer 1 995 000 tonnes de riz », rapporte la FAO. Afin d’éviter « une catastrophe », le PCV doit se résoudre à faire appel à l’aide occidentale. Hanoi blame les aléas météorologiques, mais le coup n’en demeure pas moins rude : le parti avait failli à nourrir le peuple.

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