D’octobre 2016 à mars 2017, le journaliste Gérald Andrieu a quitté les rédactions et les états-majors des partis pour aller, à pied, dans des conditions parfois périlleuses, à la rencontre d’un morceau de France. Dans Le peuple de la Frontière (Cerf), réédité avec une préface inédite de l’auteur, il retrace ces 5 mois de marche tout le long de la frontière est de la France, de Dunkerque à Menton. Ils lui ont permis d’accéder à une réalité sensible, intouchable à Paris et même à travers un simple reportage de quelques jours.

publié le 18/01/2026 Par Laurent Ottavi

Laurent Ottavi (Élucid) : Vous avez rencontré des personnes de différentes classes sociales lors de votre marche. Diriez-vous, toutefois, que votre exploration des confins de la France a surtout été une enquête sur la France périphérique ?

Gérald Andrieu : La périphérie de la France ne se confond pas toujours avec la France périphérique. Je suis passé aussi par de grandes communes, comme Strasbourg par exemple, qui est même une métropole. Reste que cette fameuse France périphérique et rurale, je l’ai vue et arpentée, et elle différait de l’image que l’on s’en fait. Elle est bien plus diverse socialement et ethniquement que dans nos représentations.

Élucid : De quels ordres sont les insécurités que vous avez constatées ?

Gérald Andrieu : J’en distingue trois principales. Il y a l’insécurité tout ce qu’il y a de plus classique, c’est-à-dire les incivilités, la délinquance et la criminalité, qui ne sont pas l’apanage des grandes villes. Nous connaissons le phénomène du vol de matériel agricole ou forestier. L’isolement y permet aussi les cambriolages, car il n’y a pas les yeux du voisin pour surprendre un intrus.

Une autre insécurité, la plus sujette à controverse, est culturelle. Elle est tout entière contenue dans cette phrase : « Je ne reconnais plus le pays dans lequel je vis ». Mais l’insécurité culturelle ne se réduit pas à la question de l’identité, de l’immigration et des radicalités religieuses. Elle est aussi liée à la mondialisation et à son corollaire, la globalisation, qui ont fait basculer la France dans un monde très différent. La rue commerçante de n’importe quelle ville française en atteste : les petits commerces ont ainsi été remplacés par des enseignes de marques planétaires.

Lisez la suite et soutenez un média indépendant sans publicité

S’abonner
Accès illimité au site à partir de 1€
Des analyses graphiques pour prendre du recul sur les grands sujets de l’actualité
Des chroniques et des interviews de personnalités publiques trop peu entendues
Des synthèses d’ouvrages dans notre bibliothèque d’autodéfense intellectuelle
Et bien plus encore....

Déjà abonné ? Connectez-vous