La sociologie permet de comprendre à quel point la société nous influence, tout en invalidant de nombreuses idées reçues. Enseignant en sociologie, Étienne Guertin-Tardif partage à travers 7 énigmes son enthousiasme pour cette discipline dans Pourquoi les Kévin ne deviennent pas médecins et autres phénomènes de société expliqués (Éditions du Journal). Une analyse qui permet de comprendre, entre autres choses, pourquoi Donald Trump n’est pas déconsidéré auprès de ses soutiens à la suite des scandales qui le touchent, mais aussi pourquoi l’investissement dans le système de santé et la hausse de l’espérance de vie ne sont pas forcément corrélés. Entretien.

Par Laurent Ottavi

Laurent Ottavi (Élucid) : Votre livre est un plaidoyer pour la sociologie. Qu’apporte-t-elle de précieux selon vous ?

Étienne Guertin-Tardif : Je pense que l’un des plus grands apports de la sociologie réside dans sa capacité à déplacer notre regard, à nous faire voir le monde autrement. Nous vivons dans un monde façonné par l’individualisme, où l’on tend à croire que les gens construisent leurs propres vies selon leurs propres décisions et leurs propres choix, faisant de ces derniers les seuls responsables de leurs réussites et de leurs échecs.

La sociologie parvient à complexifier cette lecture simpliste, en cernant les causes, les facteurs ou les contraintes qui président à ce que nous faisons, pensons et ressentons. Elle propose souvent une lecture contre-intuitive du monde et permet d’accéder à une compréhension plus lucide des autres et de nous-mêmes. À une époque où l'on sacralise l’individu libre et autonome, la sociologie me semble plus nécessaire que jamais.

Élucid : Que voulez-vous dire lorsque vous écrivez que « la société se trouve d’abord en nous » ? Pouvez-vous illustrer votre réponse par ce qui donne votre titre au livre : le sujet des prénoms ?

Étienne Guertin-Tardif : Le prénom me semble en effet tout à fait approprié pour montrer ce principe fondamental de la sociologie, à savoir qu’« il n’y a pas de société sans individus et il n’y a pas d’individus sans société », comme l’écrivait le sociologue Norbert Elias. L’un ne peut se comprendre sans l’autre. Pourquoi le prénom ? D’abord parce qu’il est obligatoire (tout le monde en porte un), gratuit (il ne coûte pas plus cher d’appeler son enfant Laurent ou William), et surtout parce que nous éprouvons tous et toutes des préférences par rapport à lui : tel prénom nous semble absolument affreux ou dépassé (« comment a-t-il pu affubler son enfant d’un prénom pareil ? ») alors que d’autres nous séduisent par leur sonorité ou les images auxquelles ils renvoient.

Lisez la suite et soutenez un média indépendant sans publicité

S’abonner
Accès illimité au site à partir de 1€
Des analyses graphiques pour prendre du recul sur les grands sujets de l’actualité
Des chroniques et des interviews de personnalités publiques trop peu entendues
Des synthèses d’ouvrages dans notre bibliothèque d’autodéfense intellectuelle
Et bien plus encore....

Déjà abonné ? Connectez-vous