Le 15 juin 2026, Washington et Téhéran ont annoncé un accord de paix visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. « Let the oil flow ! » (Que le pétrole coule à flots !), a lancé Donald Trump, faisant aussitôt décrocher le prix du baril de pétrole de plus de 4 %. Cette annonce ne signifie pas pour autant un retour à la normale pour les flux mondiaux, et les véritables sujets de discorde ont été renvoyés à soixante jours de négociation. Selon les experts du secteur, il faudra des mois pour espérer revenir à la circulation maritime d’avant-guerre. D’autant que plus de 40 installations énergétiques ont été gravement endommagées, plaçant plusieurs producteurs en situation de force majeure. La crise d'Ormuz a déjà bouleversé les équilibres du marché pétrolier mondial, mais l'Europe n'en a sans doute pas encore subi les conséquences les plus lourdes.
Le marché à terme du pétrole a beau saluer la nouvelle, aucune signature ne rouvrira le robinet du pétrole de la région du jour au lendemain, ni ne fera disparaître l'onde de choc à venir de la fermeture initiale. En effet, fin avril, le PDF de TotalEnergies avait averti que si blocage persistait quelques mois, la France entrerait dans une « ère de pénurie énergétique ». Une perspective ancrée dans la réalité physique de l’envol des prix du pétrole acheminable (prix spot des livraisons immédiates).
Dans ce contexte, malgré une dépendance totale aux importations, les enjeux d'approvisionnement pour la France relèvent davantage du prix à payer que du risque de pénurie. Avec un pétrole et ses dérivés qui se paient aux prix mondiaux, l'hémorragie sera difficile à contenir : quelle que soit son origine, la prime de risque d'Ormuz se répercute sur chaque baril importé. Et, contrairement à 2022, le contexte budgétaire ne permet pas de bouclier tarifaire généralisé. Le coût se répercute ainsi sur les ménages, et d'abord les plus modestes.
Ce n’est pas la crise d’Ormuz qui a seule créé ce choc. Art Berman, géologue pétrolier fort de quatre décennies d'expérience, qualifie la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran de « plus grande erreur militaire, géopolitique et économique de l'histoire moderne », précisément parce qu'elle montre « une méconnaissance des enjeux énergétiques et une incapacité à saisir les implications systémiques ». La crise impose en quelques mois ce que des décennies de politiques énergétiques n'avaient pu obtenir : une réduction de la consommation d'hydrocarbures.
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