Alors que les vagues de chaleur se multiplient, la climatisation, solution de court terme, se généralise dans les foyers français, offrant un répit immédiat, mais posant un sérieux dilemme écologique. Avec 800 000 unités vendues en 2020, son usage croissant aggrave les émissions de CO2 et les îlots de chaleur urbains. Face à l’urgence climatique, la France doit choisir entre la facilité de la climatisation et la nécessité de solutions durables comme l’isolation des bâtiments.

Graphe Environnement
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Par Alexandra Buste, Xavier Lalbin
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Pendant l'été, Élucid vous propose de (re)découvrir certaines de nos analyses graphiques fondamentales sur différents sujets essentiels et toujours d'actualité (date de publication originale : 1er septembre 2025).

Les températures en hausse et l’intensification des vagues de chaleur dans le monde entier s’accompagnent d’une augmentation du nombre de climatisations installées dans les logements. La climatisation sauve des vies et la France dispose d’une électricité décarbonée pour la faire fonctionner. Facile à installer, elle est moins chère et plus rapide à mettre en œuvre qu’une adaptation durable comme l’isolation des bâtiments ou le verdissement des villes. En 2020, ce sont 800 000 unités qui ont été vendues, portant le taux d’équipement des ménages à 25 %, contre seulement 14 % en 2016-2017.

Dans un monde où la température se rapproche du réchauffement limite prévu dans l’Accord de Paris et où l’Hexagone se réchauffe plus rapidement, chaque action compte. Or, la climatisation en France, même avec une électricité presque décarbonée, émet de plus en plus de CO2 du fait de la hausse du taux d’équipement. D’autre part, les fuites des fluides frigorigènes sont encore plus néfastes, sans compter l’accentuation des îlots de chaleur qui réchauffent localement les villes.

La Cour des comptes et le Haut Conseil pour le climat fustigent la politique du gouvernement qui pousse les ménages à opter pour la solution de mal-adaptation que constitue la climatisation ― une solution de court terme au détriment de l’isolation des bâtiments, véritable solution de long terme. S’il ne s’agit pas d’éliminer l’usage de la climatisation, il est indispensable d’en prioriser sa mise en œuvre avant tout vers les plus vulnérables… sinon le risque est d’aggraver le problème contre lequel elle est censée lutter et de creuser les inégalités à l’aune du réchauffement climatique.

La climatisation, une « mal-adaptation » climatique encouragée par l’État français…

« La Terre nourricière est prise de fièvre. L’année dernière a été la plus chaude jamais enregistrée – le coup de grâce d’une décennie de chaleur record », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, le 22 avril 2025. Pour les scientifiques, le réchauffement climatique a accéléré durant la dernière décennie, alors même que la planète est sur le point de franchir la limite des +1,5°C de réchauffement de l’Accord de Paris. En France, 2022 et 2023 ont été les années les plus chaudes depuis 1850 et le réchauffement du territoire est aujourd’hui attendu à +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100.

Avec l’inaction des politiques qui perdure, les vagues de chaleur seront de plus en plus longues et intenses. En 2003, 17 jours à une température moyenne de 29°C étaient recensés contre 100 jours à une température moyenne de 34°C prévus en 2100. La mortalité des Français âgés liée à la chaleur sera alors multipliée par cinq.

Evolution prévisible des vagues de chaleur en France, 1976-2080Evolution prévisible des vagues de chaleur en France, 1976-2080

Pour faire face au changement climatique, la France dispose depuis 2015 d’une stratégie nationale bas carbone (SNBC), feuille de route pour réduire les émissions de GES. Son objectif est d’« éviter les dérèglements climatiques par une action globale et de long terme sur le niveau des émissions de gaz à effet de serre ».

En parallèle, l’Hexagone s’est doté d’un plan d’adaptation au changement climatique qui consiste à prendre « acte de la réalité présente de ces dérèglements et de leur inexorable aggravation à moyen terme ». Tandis que la SNBC agit sur les causes, la démarche d’adaptation joue sur les conséquences du changement climatique pour en limiter les impacts.

Emissions de gaz à effet de serre de la FrANCE 1990-2023 et plan de réduction 2030Emissions de gaz à effet de serre de la FrANCE 1990-2023 et plan de réduction 2030

Comme tente de le justifier la Cour des comptes, « l’urgence nouvelle de l’adaptation résulte du fait que la lutte contre le réchauffement climatique tarde à produire ses effets ». Doux euphémisme, même si la Cour précise qu’il ne s’agit « en aucun cas de la traduction d’un quelconque renoncement à l’atténuation »… il est difficile de ne pas y voir une sorte d’échec annoncé de la stratégie nationale bas carbone.

Le plan d’adaptation du gouvernement prévoit notamment d’éviter la « mal-adaptation » c’est-à-dire un « changement opéré dans les systèmes naturels ou humains qui font face au changement climatique et qui conduit (de manière non intentionnelle) à augmenter la vulnérabilité au lieu de la réduire ». Parmi les situations de mal-adaptation recensées se trouve « le recours massif à la climatisation au lieu de l’investissement dans l’isolation ». Un constat qui trouve un écho dans le rapport de 2021 du Lancet sur la santé et le changement climatique. Il y est décrit le caractère court-termiste et contre-productif de la solution de climatisation par rapport à d’autres options :

« La technologie actuelle de climatisation n’est pas durable et entraîne des effets néfastes sur la santé en raison de l’augmentation de la pollution de l’air, de la chaleur urbaine et des émissions de gaz à effet de serre… Des approches durables de refroidissement intérieur sont nécessaires de toute urgence, notamment des codes stricts et appliqués qui imposent des bâtiments économes en énergie, un retour aux conceptions traditionnelles des bâtiments tropicaux et subtropicaux, l’utilisation de ventilateurs dans les zones climatiques où ils fournissent un refroidissement efficace, des normes minimales strictes de performance énergétique pour les climatiseurs, des toits frais et une augmentation des espaces verts urbains. »

En France, la politique du logement donne depuis 2010 la priorité à la rénovation énergétique et thermique des logements. Cinq millions de logements sont mal isolés et près de 4 millions de ménages ont des difficultés à payer leur facture d’électricité. Cette politique a pour but d’améliorer le confort thermique, de réduire les besoins en chauffage et climatisation et d’emmener le secteur du bâtiment à la neutralité carbone à l’horizon 2050. Avec plus d’un quart des émissions de CO2 et un peu moins de la moitié de la consommation d’énergie finale, le bâtiment est le deuxième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre.

L’enjeu est de taille, car les températures intérieures idéales pour l’humain sont dans le voisinage des 20°C, un peu moins pour le froid et un peu plus pour la chaleur. Au-delà des 25°C, la qualité ainsi que la durée du sommeil sont perturbées, les capacités cognitives sont réduites avec des conséquences négatives sur les performances des élèves et des travailleurs. Selon certains chercheurs, les températures ambiantes supérieures à la moyenne sont même associées à une augmentation des conflits.

Qualité du sommeil et performance au travail selon la température extérieureQualité du sommeil et performance au travail selon la température extérieure

Cependant, l’isolation des bâtiments est à la peine et provoque un recours massif à la climatisation. Difficile de blâmer ceux qui n’ont pas d’autre solution que de se tourner vers la climatisation pour supporter les canicules. En cause, la faillite du gouvernement à proposer des solutions durables. MaPrimeRénov' est une aide de l’État à destination des propriétaires qui souhaitent réaliser des travaux de rénovation énergétique au sein de leur logement. Ce dispositif est axé sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements, via le remplacement du système de chauffage. C’est aussi un moyen d’adaptation lorsqu’il permet une amélioration de la ventilation et de l’isolation ou la mise en place de systèmes de protection solaire pour répondre aux pics de chaleur.

Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) regrette que l’électrification des moyens de chauffage/climatisation soit le type de travaux réalisé en priorité, au détriment de l’isolation : « Les aides publiques à la rénovation sont en hausse et ont permis de baisser fortement les émissions à court terme, mais elles restent centrées sur le changement des modes de chauffage allant vers l’électrification, au détriment de l’isolation, plus coûteuse, mais nécessaire pour atteindre un parc bas carbone ».

L’électrification est un levier majeur pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du bâtiment. Toutefois, elle ne contribue pas à adapter les bâtiments aux canicules ni à limiter le recours à la climatisation pour les seuls besoins des personnes les plus vulnérables ou des activités essentielles (ex. hôpitaux, réfrigération alimentaire). Selon le Haut Conseil pour le Climat :

« Des aménagements simples (ex. volets, stores, ombrages), des techniques de conception et de construction bioclimatiques des bâtiments (ex. orientation, ventilation traversante, coursive), des solutions fondées sur la nature (ex. désimperméabilisation et végétalisation pour transformer des cours d’établissements scolaires en îlot de fraîcheur sont connues et peuvent déjà être actionnées pour répondre à une partie des besoins de rafraîchissement. »

Seulement 3 % des surfaces rénovées le sont durablement grâce à des systèmes de ventilation, d’isolation, de protection solaire pour faire face aux vagues de chaleur. À court terme, cette politique qui promeut l’électrification des moyens de chauffage/refroidissement peut donner de « faux bons résultats ».

Dans un premier temps, on observe une baisse des émissions liées à la décarbonation des moyens de chauffage. Sans mesure d’isolation prévue conjointement, la neutralité carbone ne pourra pas être atteinte. Sans compter que le budget du gouvernement consacré à ma MaPrimeRénov’, qui avait déjà été raboté de 500 millions d’euros pour s’établir à 2,5 milliards, devrait connaître une nouvelle coupe de près de 250 millions d’euros

Les ventes de climatiseurs explosent en France… et aggravent la situation climatique

Face aux canicules à répétition, le recours à la climatisation a explosé. Et pour cause, elle sauve des vies, améliore le confort et la productivité économique. Mais ses effets bénéfiques cachent d’importantes externalités négatives.

Le fait que la climatisation sauve des vies ne signifie pas qu’il faille la généraliser à l’échelle individuelle. Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’il ne faut pas l’utiliser, mais plutôt d’en prioriser les usages vers les plus vulnérables et, pour le reste, de favoriser l’isolation et les solutions naturelles. Les articles scientifiques qui en pointent les effets positifs mettent en garde contre une généralisation de son utilisation :

« On estime que l’utilisation de la climatisation permet d’éviter près de la moitié des décès liés à la chaleur, en particulier dans les scénarios de réchauffement climatique élevé… Bien que nos résultats confirment généralement la valeur protectrice de la climatisation pour la santé, l’adoption de systèmes de climatisation comme stratégie d’adaptation au changement climatique dans les villes s’accompagnerait de défis socio-économiques, environnementaux et sociétaux majeurs qu’il convient d’examiner attentivement. »

Le risque de fuite de gaz frigorigènes des équipements de climatisation est possible en fabrication, en maintenance ou pendant la durée d’utilisation ou en fin de vie. Ces gaz frigorigènes ont des pouvoirs réchauffant élevés et leurs émissions de GES liées sont plus de 2 fois plus importantes que celles liées à la consommation d’électricité. Pour pallier cela, depuis le début des années 2000, l’Union européenne réglemente l’utilisation des gaz à effet de serre fluorés. Les nouveaux groupes de climatisation utilisent ainsi des fluides à moindre impact sur le réchauffement climatique, en contrepartie les prix sont plus élevés.

Les émissions de la climatisation dans le bâtiment en France sont passées de 0,01 Mt éq. CO2/an avant 1996 à 2 Mt éq CO2/an en 2015 et 2,5 Mt éq. CO2 en 2023. Au niveau mondial, la consommation d’énergie liée à la climatisation a triplé depuis 1990.

Et ce chiffre ira croissant au fur et à mesure de l’équipement des ménages, sans compter un possible effet rebond, c’est-à-dire une utilisation accrue de la climatisation. Par exemple, lorsque la température de consigne est abaissée de 27°C à 22°C, cela multiplie par deux la consommation d’énergie des appareils. De même, mettre en route la climatisation à partir de 27°C en extérieur au lieu de 30°C triple la consommation d’énergie.

Consommation d'énergie pour la climatisation des locaux par région, 2000-2022

La climatisation qui fonctionne avec l’air extérieur contribue au renforcement des îlots de chaleur en rejetant l’air chaud à l’extérieur des logements climatisés. C’est un processus qui ne participe pas au réchauffement climatique, mais l’augmentation des températures peut atteindre localement plusieurs degrés. « Si tout le monde s’équipe d’une climatisation en ville et la règle à 23 °C, on augmente de 2 à 3,6° la température de l’air extérieur d’ici 2030 », prévient Hakim Hamadou, expert à l’ADEME.

Emissions mondiales de CO2 pour la climatisation des locaux, 2000-2022-2030Emissions mondiales de CO2 pour la climatisation des locaux, 2000-2022-2030

Comme le rappelle la Cour des comptes, la politique climatique doit s’inscrire dans un cadre plus large qui dépasse celui des ménages. Il s’agit d’adapter les centres urbains pour lutter contre le phénomène des îlots de chaleur avec par exemple : le rafraîchissement via la végétalisation ; la désimperméabilisation des sols qui permet à l’eau des précipitations de s’infiltrer puis de s’évaporer lors des fortes chaleurs ; l’augmentation de l’albédo des matériaux des bâtiments ; ou encore, sur le long terme, la reconfiguration des espaces urbains pour favoriser un rafraîchissement naturel (matériaux, sols, circulation de l’eau, de l’air, hauteur des bâtiments, sobriété énergétique, etc.).

Autre effet collatéral de la climatisation, sa consommation d’énergie et les coûts associés pour les ménages : « Il est conseillé de régler la température de consigne de la clim à plus de 26°C. Cela divise entre 2,5 et plus de 4 la consommation énergétique selon la localisation, ce qui allège considérablement la facture », insiste l’expert de l’ADEME.

Il faut rappeler que 80 % des Français ont restreint le chauffage pour limiter leur facture énergétique en 2023, c’est 10 points de plus qu’en 2022. Pour le Haut Conseil pour le Climat : « Les politiques actuelles, qui soutiennent majoritairement un changement du mode de chauffage plutôt que des rénovations performantes incluant de l’isolation, ne permettent pas de lutter efficacement contre la précarité énergétique ».

La climatisation fonctionnant à l’électricité, les 80 % de Français qui se sont restreints sur le chauffage en hiver feront de même pour se refroidir en été. Les mêmes causes ayant les mêmes effets, fonder la politique d’adaptation au réchauffement climatique sur le développement de la climatisation exclut de fait les plus précaires. Il ne résoudra pas plus les problèmes de ceux qui ont des fins de mois difficiles et pour qui se refroidir ne pourra se faire qu’au détriment d’un autre poste de dépense essentiel, et ils semblent être de plus en plus nombreux.

Part d'individus déclarant souffrir du froid ou de la chaleur dans leur logement, 2025Part d'individus déclarant souffrir du froid ou de la chaleur dans leur logement, 2025

En 2020, la vente de climatiseurs en France s’est élevée à 800 000 unités, amenant le taux d'équipement des ménages à 25 %, contre seulement 14 % en 2016-2017. La généralisation de la climatisation relève de la mal-adaptation, c’est la solution individualiste et de court terme, par rapport à l'isolation des logements qui constitue une solution collective et de long terme. La climatisation donne dans un premier temps de bons résultats en termes de baisse des émissions, mais sans se préoccuper des effets à long terme.

Solution inégalitaire inaccessible aux plus défavorisés, elle permet de repousser les changements structuraux. C’est le cas aux États-Unis, pays qui peut se prévaloir d’un fort taux d'équipement des foyers en climatisation (90 %). Au paradis de l’oncle Sam, les plus pauvres disposent de logements qui ne sont pas adaptés aux températures élevées, mais ils sont équipés d’une climatisation. Quand le thermomètre monte, ils n’ont souvent pas les moyens de l'utiliser. Verdict, ils « cuisent » dans des logements inadaptés, mais « officiellement », ils sont équipés de moyens pour se protéger de la chaleur.

Le Haut Conseil pour le Climat propose deux leviers pour limiter un développement anarchique de la climatisation. D’une part, il s’agit d’améliorer le bilan environnemental des équipements, et de promouvoir des solutions passives (ombrages, orientations du bâti, rideaux thermiques…). D'autre part, il faut encourager son usage raisonné.

Les inégalités d’accès à la climatisation

La politique du gouvernement qui favorise l’usage de la climatisation au détriment de l’isolation creuse les inégalités. Tandis que les plus riches peuvent affronter la chaleur, les plus vulnérables ne peuvent pas forcément payer la facture énergétique qui grimpe, voire ne peuvent pas s’équiper. Pour les classes intermédiaires, c’est une dépense supplémentaire à assumer qui vient amputer d’autant le reste à vivre.

Ces inégalités sont relevées en France, mais aussi dans le reste du monde. Sur les 3,5 milliards de personnes qui vivent dans des climats chauds, seulement 15 % possédaient un climatiseur en 2021. L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud affichent quant à elles des taux d'équipement bien plus faible d'à peine quelques pourcents.

Part de population ayant besoin de refroidissement et taux d'équipement en climatisation, 2022Part de population ayant besoin de refroidissement et taux d'équipement en climatisation, 2022

Sur les deux dernières décennies, le nombre annuel moyen de décès liés à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans a augmenté de plus de 60 %, atteignant les plus de 300 000 décès. Certes, l'accès à un refroidissement efficace sauve près de 200 000 vies par an, mais, comme souvent, ce sont les pays riches qui en tirent les bénéfices au prix d’une débauche de moyens inapplicables à l’échelle du globe.

Avec près de 80 000 vies épargnées, les États-Unis et le Japon totalisent presque la moitié des vies sauvées. Pour cela, ils ont dû atteindre un taux d'installation de la climatisation de 90 % avec une utilisation intensive, du moins pour ceux qui en ont les moyens. Un modèle difficilement reproductible dans certaines zones parmi les plus sensibles à la chaleur et à l’augmentation attendue de la température.

Consommation d'énergie pour la climatisation par personne et par région, 2000-2022

La consommation électrique de la climatisation du mode de vie des 340 millions d’Américains représente 10 à 20 % de la production d’électricité du pays. Une quantité d’électricité équivalente à 50 % à 75 % de la consommation totale d’électricité du continent africain et de ses 1,5 milliard d'habitants, dont à peine 6 % des foyers disposent de la climatisation en 2018 selon l’AIE.

En même temps, l’AIE alerte sur la croissance rapide de la climatisation, qui exerce une pression sur les réseaux électriques, exacerbe les émissions de gaz à effet de serre dans des pays où l'électricité est très carbonée, mais aussi la pollution atmosphérique locale, les pannes de courant, les effets d’îlot de chaleur urbain, la précarité énergétique, etc.

La majorité des pays affiche un taux d’équipement des foyers en climatisation bien loin des États-Unis, ce qui a un effet modérateur considérable sur la facture énergétique déjà significative du secteur à l’échelle mondiale. Mais, pour peu que l’ensemble des pays s’équipe à l’identique des ménages américains, c’est une multiplication par au minimum quatre à cinq de la consommation d’énergie associée qu’il faut envisager. Et, si l’effet sur les émissions de gaz à effet de serre en France peut être relativement limité à court terme, il n’en sera pas de même au niveau mondial, ce qui viendra aggraver le réchauffement climatique… et nécessitera encore plus de climatisation, et ainsi de suite. Dès lors, pour les scientifiques :

« Les défis ne sont pas seulement liés à l'augmentation de la consommation d'énergie et aux effets néfastes sur l'environnement qui en découlent, mais aussi au fait que les individus et les sociétés deviennent de plus en plus dépendants de la climatisation. En effet, l'utilisation fréquente de la climatisation peut conduire à une perte de capacité à gérer la chaleur, tant physiquement que mentalement, ce qui rend les personnes plus vulnérables à la chaleur urbaine croissante ».

Les parades durables à l’accroissement de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur à venir relèvent de « la mise en œuvre d'une conception des bâtiments et des villes plus sensible au climat, le développement de dispositifs de refroidissement plus efficaces sur le plan énergétique […] et qui sont également abordables pour les pauvres, la promotion d'un changement vers des styles de vie plus sensibles au climat, et le soutien de solutions de refroidissement coopératives au niveau de la communauté et de la ville qui comprennent une participation active dans le développement de ces structures par les communautés locales ».

Photo d'ouverture : Imilan - @Shutterstock

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