Poursuite de la guerre en Ukraine, inflation, hausse des taux, pénuries : 2023 a été riche en évènements, avec un impact extrêmement fort sur notre économie. Tout au long de l’année, nous avons suivi sur Élucid l’évolution des différents indicateurs économiques pour vous informer en temps réel sur le PIB, le chômage, l’immobilier, l’inflation, les taux directeurs, la balance commerciale, etc. Il est temps de dresser le bilan : voici la synthèse de tout ce qu’il faut retenir de cette année – et de ce à quoi il faut s’attendre en 2024.

Graphe Économie
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publié le 21/12/2023 Par Olivier Berruyer
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Cette fin d‘année est l’occasion de synthétiser nos analyses hebdomadaires afin de revenir sur les faits économiques majeurs de 2023 (en vous renvoyant vers nos articles pour en lire l’analyse détaillée), et d’en tirer quelques enseignements sur notre avenir économique en 2024.

Une croissance en berne

La croissance française s’est effondrée depuis la fin de 2022. Si le 2e trimestre a connu un net redressement, il était en réalité principalement dû à un simple effet temporaire de stockage, et la production française a baissé au 3e trimestre. La forte inflation durant cette période n’a pas eu des effets plus importants en raison des très fortes dépenses engagées par le gouvernement pour soutenir l’économie.

D’un côté, c’est évidemment positif à court terme, mais de l'autre, cela a créé un très fort déficit public (encore plus de 150 milliards d’euros), qui augmente fortement la dette publique et donc les futurs intérêts à payer, ce qui constituera à l’avenir un prétexte à plus d’austérité pour le gouvernement.

La crise inflationniste a eu, comme la plupart du temps, un impact négatif sur l’évolution du pouvoir d’achat, mais il a par chance été limité.

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Des perspectives sombres pour les affaires

Les indicateurs avancés du moral des ménages, du climat des affaires ou des visions des directeurs d’achat ont atteint fin 2023 des niveaux très bas, généralement corrélés avec des récessions. Les indices industriels sont en particulier très touchés par la crise des prix de l’énergie, et ce en France comme dans le reste du monde.

Comme les interventions publiques commencent à refluer en France en raison des déficits insoutenables et coûteux, nous risquons de connaître une nette dégradation dans les prochains trimestres au niveau de l’activité économique.

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Une inflation en recul

En raison de la baisse des prix de l’énergie, l’inflation en France a nettement reflué en 2023, après avoir dépassé les 7 % selon l’institut européen Eurostat (qui utilise des méthodes harmonisées pour tout le contient) alors que l’Insee la sous-estime de plus de 1 %.

Cette seule différence entre les deux instituts divise par deux la croissance totale depuis 2015 calculée par l’Insee, ce qui montre son caractère fictif partiel, et explique beaucoup des difficultés que nous rencontrons. Rappelons aussi que les classes populaires et moyennes subissent une inflation généralement plus élevée que les plus riches. L’Insee estime que l’inflation devrait revenir à 2,5 % mi 2024.

Ayant d’abord principalement frappé l’énergie, l’inflation s’est répandue sur l’alimentaire, et frappe désormais durement ce secteur.

On constate déjà une hausse cumulée du panier de référence de plus de 25 %, et l’inflation de l’alimentaire devrait rebondir au début de 2024 en raison des renégociations tarifaires légales en cours dans la grande distribution.

En conséquence de cette crise, 1 Français sur 3 est contraint de sauter des repas et ne mange pas à sa faim.

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Chômage : la fin d’un cycle de baisse, la propagande gouvernementale a fait long feu

La baisse du chômage, dont le gouvernement s’est tant vanté, est bien moins glorieuse que ce qu’il proclame. Certes réelle dans les chiffres, la baisse du chômage résulte en partie de reclassements entre différentes catégories. Et si le total des chômeurs inscrits à Pôle emploi a baissé de quelques centaines de milliers en 2022, il reste toujours supérieur à 6 millions de personnes. Cela représente plus de 20 % de la population active – et sans doute 1 travailleur du privé sur 4 –, soit un niveau historiquement haut du chômage, bien loin de la propagande du gouvernement qui ose employer le mot de « plein emploi » comme objectif...

Dans le même temps, les grands médias ne contredisent pas la propagande gouvernementale du « on est proche du plein emploi », et participe ainsi à la fabrique du consentement. La réalité est cependant tout autre : le mouvement s’est inversé fin 2023 et le chômage est reparti à la hausse, ce qui est cohérent avec la dégradation du climat économique.

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Cette amélioration fictive de l’emploi en France a eu un étrange corolaire depuis quelques années : une baisse historique de la productivité par heure travaillée en France. C’est en réalité logique, car cette baisse a été achetée par le gouvernement à coup de subventions aux emplois aidés (+ 800 000 en 5 ans) et de création de 400 000 emplois non-salariés souvent précaires, voire misérables.

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Autre signe de que la baisse du chômage n’était pas liée pour l'essentiel à une amélioration du marché de l’emploi : le chômage de longue durée, qui a explosé depuis 2009, a peu baissé depuis 2020.

En conséquence, au-delà de petites fluctuations régulières, le taux de pauvreté poursuit sa tendance haussière de long terme. Rappelons que près de 40 % des chômeurs ont sombré dans la pauvreté.

L’Euro reste à un niveau bas

Les banques centrales ont logiquement remonté les taux d’intérêt avec le retour de l’inflation (afin que les investissements et l’épargne ne soient pas trop rognés par la hausse des prix). Ils semblent avoir plafonné fin 2023, et on s’attend à un début de baisse en 2024. Mais, avec une inflation cible à 2 %, il est probable qu’ils ne retrouvent pas les niveaux historiquement bas qu’ils ont connus à partir de 2008 : 2 à 3 % semblent une cible logique pour les taux.

Déconstruisons une idée reçue. Rappelons que les taux n’ont pas pour but d’être une sorte de « thermostat » de l’économie, ou même simplement de l’inflation, mais de préserver le pouvoir d’achat de la monnaie, quand on la prête ou qu’on l’épargne (par exemple dans un livret A, afin d’en préserver le pouvoir d’achat). Le taux d’intérêt de la banque centrale devrait donc toujours être au niveau de l’inflation plus environ un point d’intérêt. Le niveau actuel n’est donc pas un niveau « punitif », mais un niveau normal, qui devrait baisser à 3 % pour une cible d’inflation de 2 %.

Il revient à l’État via la politique budgétaire d’aider l’économie quand les taux sont trop élevés, et surtout de l’adapter à la réalité de la valeur normale des taux. Sinon, on crée d’immenses problèmes. Les taux à 0 % n’ont apporté aucun nirvana de croissance, mais ont en revanche conduit à un hausse des l’immobilier de 30 % en quelques années. Au bénéfice de qui ?

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Par ailleurs, la différence entre les taux des deux grandes zones économiques mondiales constitue l'une des raisons de la forte baisse de l’euro, qui est tombé sous la parité avec le dollar mi 2022. Il est un peu remonté depuis, oscillant entre 1,05 et 1,10 du fait de la stabilisation des taux. Cependant, l’euro reste nettement déprécié par les marchés financiers, vu que son « juste » niveau en termes de parité de pouvoir d’achat est d’environ 1,40.

Cette baisse de la monnaie unique est particulièrement problématique, car elle renchérit nos importations hors zone euro – ce qui gonfle l’inflation, et surtout la fraction liée à l’énergie.

En amplifiant les conséquences de la crise des prix de l’énergie, ce bas niveau de l’euro a eu des conséquences importantes sur notre balance commerciale, dont le déficit de près de 200 milliards d'euros, a battu de très loin son record historique.

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Beaucoup de personnes se demandent quelles sont les conséquences de ces déficits monstrueux, dans un régime de monnaie unique où on ne manque (presque) plus de monnaie pour régler ses achats auprès de ses partenaires (allemands par exemple). Elles sont principalement de deux ordres.

Le premier est que l’argent des Français finance d'une certaine manière des emplois à l’étranger. Le déficit commercial industriel seul, hors énergie, est d'environ 100 Md€. 30 millions de salariés français ont produit un PIB de 2 600 Md€. Le déficit commercial industriel correspond donc à près de 1 200 000 emplois français, dont on se prive au bénéfice de l’Allemagne et de la Chine principalement.

Le deuxième est que le déficit commercial contribue lourdement au déséquilibre de la balance des paiements du pays. Le déficit de cette dernière a ainsi atteint près de 2 % du PIB, qu’il faut donc emprunter à l’étranger, ce qui est mauvais pour notre indépendance financière et donc notre souveraineté.

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Mais les taux élevés ont aussi d’autres conséquences... notamment sur l'immobilier.

La crise de l’immobilier s’approfondit

La hausse des taux décidée par les banques centrales se répercute mécaniquement sur les taux des emprunts immobiliers.

En conséquence, comme nous l’avions annoncé l’année dernière, les prix ont commencé à nettement baisser, compensant un peu la folie des prix post-Covid.

Comme les banques ont déjà diminué d’un tiers l’attribution de nouveaux crédits immobiliers, le nombre de ventes immobilières a déjà chuté de 20 %. Et ce chiffre va probablement s’accentuer dans les mois à venir.

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La crise immobilière a donc déjà commencé et celle-ci s'aggrave (et pas qu'en France). Il est cependant trop tôt pour s’avancer sur sa durée et sa profondeur.

Mais le marché immobilier n’est pas le seul touché par la hausse du coût des crédits. Les entreprises voient aussi leur encours de crédit diminuer, c’est donc autant d’investissements en moins, donc de production en moins, donc d’emplois et de revenus en moins.

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Des finances publiques en perdition

La crise du Covid et la guerre en Ukraine ont propulsé le déficit à des niveaux historiques.

Rappelons que la loi de finances pour 2023 annonçait, fin 2022, un déficit pour 2023 à -165 M€. Il a été de -172 Md€ (7 Md€, ça va, ça vient, ce n’est que le double de l’ISF supprimé par Macron après tout...). Le projet de loi de finances pour 2024 l’annonce à -145 Md€. C’est un montant gigantesque mais néanmoins en baisse de 27 Md€, soit 1 % du PIB, ce qui va renforcer les problèmes de croissance en 2024.

Ces déficits sont hautement politiques et à ce titre la droite semble souffrir d’une étrange forme de syndrome de Stockholm. Elle n’a en effet que le mot « dette » à la bouche pour la déplorer, pourtant elle ne cesse de la faire croître (la dette publique française se monte à près de 100 000 € par ménage).

Bruno Le Maire va d’ailleurs probablement bientôt devenir le ministre champion du monde de la dette, avec bientôt plus de 1 000 milliards d’euros créés, ce qui nous a fait dépasser le montant de dette de l’Allemagne et même de l’Italie, ancienne championne d’Europe de la dette.

Rappelons que la dette publique est très largement causée par la gestion calamiteuse de l’État (qui ne représente pourtant qu’une petite partie des finances publiques) depuis des décennies.

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À part 3 ou 4 années de crise, ce déficit est principalement causé par une baisse quasiment continue des recettes de l’État depuis 1986 et non pas par une hausse incontrôlée des dépenses de l’État, lesquelles sont plutôt orientées à la baisse (sauf récemment), ce qui explique la décrépitude de nos services publics.

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Cette gestion calamiteuse s’opère d’ailleurs avec la complicité des agences de notation, qui, malgré les simagrées régulières dans les médias sur le ton de « les agences vont-elles dégrader la France ? », continuent à noter la France à des niveaux bien trop élevés. Elles joueront ainsi dans la crise future des dettes publiques le même rôle qu’elles ont joué durant celle des subprimes.

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Un pays drogué à la dette

Tous les éléments précédents illustrent le danger d’un pays qui sombre dans le surendettement massif, finançant à crédit son niveau de vie actuel, qui est donc fictivement augmenté au détriment, non pas des « générations futures », mais de notre niveau de vie dans 5 à 10 ans tout au plus. Et sans parler d'éventuelles « surprises géopolitiques » qui pourraient surgir d'ici là, aggravées par l’irresponsabilité des dirigeants occidentaux.

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L’avenir de la France est dans la main des marchés financiers

Conséquence de cette gestion calamiteuse et de la remontée des taux par la BCE, les taux d’intérêt payés par l’État restent à des niveaux élevés – 3 % pour les emprunts de l’État français –, après avoir été quasi nuls pendant 8 ans.

Si ce mouvement se poursuit, cela risque de coûter de plus en plus cher en intérêts sur les 3 000 milliards d’euros de dette publique, coût qui va augmenter les déficits (1 point de hausse des taux rajoute 30 Md€ d’intérêts à terme), et donc cela risque d’avoir un effet boule de neige, poussant les taux encore plus à la hausse : ce serait le scénario grec de 2012, mais appliqué à la France.

La différence avec 2012 est que la BCE a créé tellement de monnaie depuis 10 ans qu’elle aurait de lourdes difficultés à soutenir de nouveau l’État en cas de besoin, opération qui alimenterait d’ailleurs encore plus l’inflation.

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Ce qu’il faut retenir

2023 a été marquée par un fort ralentissement économique en raison de la poussée inflationniste, dont les effets ont été masqués par un déficit public historique, qui a limité les conséquences les plus dramatiques au prix d’un accroissement de la dette et des intérêts futurs à payer.

2024 va mal démarrer, l’activité économique étant moribonde, et l’État va commencer à réduire son soutien artificiel à l’économie, amputant son déficit de 1 point de PIB. La banque centrale devrait légèrement diminuer les taux d'intérêts, mais l’effet en sera très limité, à part une probable augmentation des cours boursiers qui démontrera encore la déconnexion de l’économie réelle avec ce gigantesque casino dopé par la BCE. En conséquence, le chômage devrait continuer d'augmenter toute l’année, et le pouvoir d’achat devrait en souffrir. Ce qui risque d’aggraver le déficit public, et donc la défiance des marchés financiers.

Un dangereux cercle vicieux nous menace, que bien peu de médias évoquent et analysent. Nous le suivrons de très près sur ÉLUCID en 2024 pour vous informer au mieux.

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Photo d'ouverture : Ronnie Chua - @Shutterstock

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